De bien vieilles pierres

Ceux qui arrivent dans Coteau-du-Lac au terme de la route 201 et prennent le Chemin du Fleuve vers l’ouest

contournent sur deux de ses côtés la propriété du Centre d’Accueil du Haut Saint-Laurent de Coteau-du-Lac. La routine nous fait oublier que nous sommes là en présence d’une « place » qui n’a pas sa pareille dans la région ni même dans la province. Elle est unique par son aménagement de l’espace et par l’harmonie de ses volumes architecturaux. Je voudrais ici dévoiler quelques uns des secrets que les vieilles pierres de cette institution recèlent. Nous y sommes à la source même de notre histoire locale.

C’est le 9 janvier 1830…

C’est le 9 janvier 1830 que des résidents de la partie sud-ouest de la paroisse des Cèdres adressaient à l’évêque de Québec (le diocèse de Montréal n’était pas encore fondé) une pétition en vue d’être constitués en paroisse autonome. Ils s’engageaient en même temps, par souscription volontaire, à faire bâtir, dès qu’ils en auraient l’autorisation, une église de pierre de 100 pieds sur 36 et ayant 20 pieds de haut, avec une sacristie y attenant de 30 pieds sur 26 pouvant servir à la fois comme école et résidence pour un prêtre. Dès le 17 novembre de la même année, l’évêque accorde tout ce qui est demandé. L’emplacement retenu est le même qu’ actuellement. Cependant, les difficultés financières des habitants et l’opposition venant du Ruisseau et de ce qui allait devenir St-Clet, amènent les pétitionaires, deux ans plus tard, à rapetisser leur projet: l’église n’aura que 64 pieds sur 38 et l’annexe 24 pieds sur 20. Demande encore approuvée en janvier 1832, on commence la construction en septembre. Mais, cette fois, c’est la fameuse épidémie nationale de choléra qui vient ralentir, jusqu’à Coteau-du-Lac, les généreuses contributions des gens, qui pour la pierre (taillée sur le bord de la rivière Delisle dans le flanc de l’actuel site historique national), qui pour le sable, qui pour la main d’oeuvre. Ce n’est qu’en décembre 1832 qu’on inaugure et bénit le nouveau complexe paroissial. Tout se trouvait exactement là où se trouve l’actuel Centre d’Accueil, dont une grande partie de la carcasse matérielle est constituée de vraies reliques: arrêtez-vous un beau jour à examiner de plus près les nuances dans la couleur des pierres, leur forme et leur disposition, etc., elles parlent… L’entrée de cette première église devait donner sur la rue principale, et l’annexe se trouver à son extrémité ouest.

Voilà que le 18 janvier 1849…

Voilà que le 18 janvier 1849, la population s’étant beaucoup accrue, les paroissiens réclament la construction d’une nouvelle église, plus vaste, pour remplacer la chapelle inadaptée. Accordé! c’est l’église paroissiale que nous possédions encore la veille du 8 décembre 1999. Avec l’inauguration de cette dernière en mai 1855, que deviendront les vieilles bâtisses? Les marguilliers du temps, guidés par le curé Brassard, font des démarches pour qu’elles servent de collège ou d’académie pour l’éducation des jeunes garçons. Endossé par la population, ce projet s’accompagne de travaux visant à adapter ces lieux à cette nouvelle vocation: on construit un autre étage, on dispose l’intérieur autrement, on rafistole, etc. Ce ne sera que la première des transformations nombreuses que subira ce vénérable bâtiment… Mais, n’ayant pu trouver une communauté de Frères enseignants qui accepte de venir s’y établir, on utilisa les lieux comme école jusqu’en 1862.
pierresCette reproduction d’une toile signée par un peintre coteaulacois, Yvon Duranleau, tente de reconstituer l’établissement des premières institutions de Coteau-du-Lac vers 1840 tel que les archives nous les décrivent.

Se tournant du côté des communautés religieuses de femmes, on change d’orientation. Assurés de la venue des Sœurs de la Providence, récemment fondées en 1844 par Mère Gamelin et sept autres jeunes filles, les marguilliers prennent leurs dispositions pour que les bâtisses servent comme « Asile » (refuge) pour les pauvres vieillards, aliénés et orphelins, ainsi que d’école pour jeunes filles, non seulement pour la paroisse, mais aussi pour la région. Autres rénovations-adaptations qui sont couronnées par l’accueil officiel des six premières Sœurs par Mgr Bouget en personne, avec bénédiction d’une cloche neuve, don de la famille seigneuriale De Beaujeu le 9 septembre 1863. L’institution porte dorénavant, et pour plus de 100 ans, le nom de « Maison de la Providence ». Tout va tellement bien qu’à la fin de 1876, la Fabrique donne tout le reste.